«La direction de l’Oglaigh na hEireann (nom gaélique de l’Ira, ndlr) a formellement ordonné la fin de la campagne armée. Cette décision prendra effet à 16h00 (15h00 GMT) cet après-midi. Toutes les unités de l’IRA ont reçu l’ordre de déposer les armes». Avec ce communiqué publié jeudi, l’IRA vient de faire un geste clair en direction d’un règlement pacifique du conflit en Irlande du Nord. Cette décision historique devrait en effet changer la donne dans la province car il devrait entraîner la mise en sommeil de l’ensemble de l’appareil paramilitaire du groupe clandestin qui observe un cessez-le-feu depuis 1997.
Après avoir consulté sa base pendant plus de trois mois, l’Etat-major de la principale organisation clandestine de l’île se prépare aussi à démanteler son arsenal au complet, dans les plus brefs délais. Ce message est une réponse positive à l’appel formulé le 6 avril par Gerry Adams, président de Sinn Féin, l’aile politique de l’IRA. Adams, chef du principal parti catholique nord-irlandais, mis sous pression à la suite d’une attaque de banque en décembre et le meurtre d’un habitant de Belfast, Robert McCartney, imputés à l’IRA, avait demandé au groupe clandestin de faire taire ses armes de façon définitive, pour permettre une relance du processus de paix en Irlande du Nord. Mercredi soir, il avait prévenu que le communiqué du groupe paramilitaire catholique «lancer[ait] un défi» à toutes les parties impliquées dans le conflit nord-irlandais.
A la veille de cette annonce, les dirigeants du Sinn Féin avaient arraché une concession de dernière minute du gouvernement britannique, qui a remis en liberté mercredi soir Sean Kelly. En octobre 1993, il avait posé une bombe dans un restaurant du fief protestant de Shankill road, à Belfast. L’attentat avait tué dix personnes dont un poseur de bombe de l’IRA.
Le Parti démocratique unioniste (DUP), principal adversaire du Sinn Fein, avait fait part de son scepticisme avant l’annonce de cette trêve et affirmait qu’il faudrait du temps avant de trouver un accord sur la résurrection du gouvernement local biconfessionnel, pierre angulaire du processus de paix. Signe de l’agitation politique régnant en Irlande, le Premier ministre Bertie Ahern avait écourté sa visite annuelle au festival des Galway Races pour rentrer à Dublin. De même, le ministre irlandais des Affaires étrangères, Dermot Ahern, était rentré précipitamment de France.
Les négociations sur la remise en activité de l’assemblée provinciale biconfessionnelle créée en vertu des accords du Vendredi saint de 1998 se sont soldées par un échec l’an dernier. Si les attentats et les fusillades qui ont fait plus de 3.600 morts durant les «Troubles» ont quasiment pris fin, la violence intercommunautaire persiste dans la province sous la forme de passages à tabac qualifiés de «punitions», d’attaques à l’arme blanche et de meurtres.
(libération.fr)
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